» Je savais qu’il viendrait m’emmerder un jour ce connard…C’est le principe d’un connard non ? »

Le mois d’octobre rose s’achève, mais la lutte contre le cancer du sein continue plus que jamais …Le cancer continue de toucher beaucoup de femmes et comme j’en parlais dans l’article précédent il touche également les hommes. Aujourd’hui, grâce aux avancés de la médecine le cancer se soigne. De plus en plus de patients guérissent et retrouvent une vie (presque normale )

Après avoir parcouru un long combat, mais il continue de tuer aussi. Pour toutes les personnes, le diagnostic est l’étape la plus difficile, il a l’effet d’une bombe sur ceux qui sont touchés, c’est ce que nous raconte aujourd’hui Barbara dans son témoignage …

Je m’appelle Barbara, j’ai 43 ans et je suis malade du cancer. Le 1er avril 2016, la vie m’a fait une mauvaise blague : j’ai 2 cancers du sein. Je ne savais même pas qu’on pouvait avoir 2 cancers différents, un dans chaque sein… Ma grand-mère est décédée à l’âge de 43 ans d’un cancer du sein, à une époque où les femmes avaient moins de chances qu’aujourd’hui de guérir de cette maladie. Aussi bizarre que cela puisse paraître, j’ai toujours su que ça m’arriverait à moi aussi. Je ne savais juste pas quand, mais je savais qu’il était en moi.

J’ai eu 43 ans fin décembre 2015, et je ne sais pas pourquoi mais je commence à y penser, je commence à palper mes seins, check-list OK : rien d’anormal, ni grosseur, ni anomalie, ouf… Finalement je me fais peut être des idées, je vieillis, je commence à gamberger. Je travaille beaucoup, je suis fatiguée, J’ai besoin de vacances, j’en ai tellement envie. Mais je me dis « allez c’est pas grave, tu te reposeras quand tu seras morte… », ou alors « Action, réaction ! ». Tout le monde est fatigué, tout le monde bosse, tout le monde en marre de tout, c’est la vie, allez on continue!

Début janvier 2016, ma fille Julie, me demande de lui accrocher une guirlande lumineuse au-dessus de son bureau pour y mettre ses photos. Comme toujours, je ne prends pas d’escabeau, ben non, la chaise de la cuisine fera l’affaire… et à la 2ème punaise accrochée, je fais un vol plané et je m’éclate sur l’arrête du bureau. Je viens de m’imprimer un trait bien droit sur le haut du corps, et je viens de m’éclater un sein, le droit. Douleurs monstrueuses, mon sein devient violet à la vitesse de la lumière, j’ai hyper mal, c’est affreux, je ne dors pas de la nuit tellement la douleur est forte, je mets de la glace. Mon mari insiste pour aller à l’hôpital, nous sommes dimanche soir bien sûr, ce genre de connerie n’arrive que le dimanche quand votre toubib n’est pas là..

Le vaillant petit soldat que je suis refuse l’hosto… Ben oui ça fait partie du pack tout va bien, ça va passer, demain je n’aurai plus rien. Un peu con mais bon, on ne se refait pas. La douleur ne passe pas, pas plus que le bleu monstrueux qui a pris place du haut de mon épaule jusqu’au bas de mon sein, un magnifique oeuf de poule a poussé sur mon sein, j’ai en plus gagné un 3ème sein, génial ! Je finis par aller voir mon médecin.

L’hématome est tellement important qu’on ne peut rien faire pour le moment, un peu d’Hémoclare, il va passer par toutes les couleurs, c’est normal, l’oeuf de poule c’est du sang, ça va se résorber. Mais quand même on fera une mammographie de contrôle quand il sera redevenu normal. 3 semaines passent, ça se résorbe, il est jaune, c’est bientôt la fin. Mais il reste une boule sur le côté, pas douloureuse, mais elle est là. La semaine suivante, elle est toujours là, et je m’aperçois qu’une fossette a fait son apparition à côté de la boule. Oups ! ça se corse, j’ai peur, et si c’est maintenant ? et s’il avait finalement eu l’idée de pointer son nez maintenant ce connard de cancer ?

Je ne fais rien, ne dis rien, j’espère que ça va partir mais je sais que non. Encore une semaine de passée, rien n’a changé, sauf que mon mamelon est rentré, comme si quelque chose le tirait de l’intérieur. Là j’ai vraiment peur, j’en parle à mon mari et à mon amie Foujanne. Il faut aller à l’hôpital. Je décide d’y aller seule, si c’est « ça » je veux être seule pour le savoir. Direction les urgences gynécologiques, je flippe, c’est la 1ère fois que je n’ai été à l’hôpital que pour mes accouchements. 2 heures d’attente réglementaires… plus tard je suis reçue par une interne à qui je raconte toute l’histoire, mes antécédents… Elle me prend la tension, 17,3, ça ne l’inquiète pas.

Elle palpe mon sein, me dit de me rhabiller et … que je dois aller faire une mammographie, elle va me faire une ordonnance. Je suis abasourdie, je ne comprends pas, je lui dit. Elle me répond « avec un air j’en ai rien à foutre » qu’effectivement il y a une boule, que sans mammographie on ne peut rien dire. Je lui signale qu’il y a un appareil d’échographie à côté de moi et que peut être, elle pourrait faire une écho. Et là…, je pense que je n’oublierai jamais cette femme ni cette phrase : désolé madame, mais sans vous vexer vous êtes trop vieille pour une écho.

Je reste sans voix, à peine 2 secondes quand même faut pas abuser.

Il faut aller faire une mammographie, oui mais je suis dans un hôpital, où, aller faire une mammographie ? on ne peut pas me la faire ici ?, non désolée mais nous n’avons pas d’appareil. Les larmes me montent aux yeux, je suis stupéfaite, je n’arrive pas croire ce qu’elle vient me dire la petite conne ! Elle finit son ordonnance, me la tends, me dit de ne pas m’inquiéter, que s’il y a un problème, l’hôpital a un très bon spécialiste du cancer du sein et qu’il faut aller faire l’écho. Elle ne sait pas où, elle n’est pas de la région, elle ne peux donc me renseigner et me dit… d’appeler l’hôpital… Je lui rappelle que je suis à l’hôpital, aux services des urgences gynécologiques, elle s’en fout, me dit qu’elle ne sait pas. Ma dernière mammographie date d’il y a 15 ans, quand j’ai eu ma fille. Oui c’est pas bien mais bon personne n’a jamais insisté pour que j’en fasse. On m’a toujours dit il va falloir commencer à partir de 50 ans.

Je sors, en colère, je fonds en larmes sur le parking, j’appelle mon mari. Je n’en reviens pas, comment peut-on se permettre de traiter les gens de la sorte et vouloir être médecin? Je décide de rentrer à la maison, sur la route je passe devant un centre d’imagerie et je me dis qu’on va pouvoir me renseigner ici. Bien vu, j’explique ce qui vient de m’arriver à l’hôpital. Les employées n’en reviennent pas, j’entends mon histoire passée de bouche en bouche : « quelle honte de traiter les gens comme ça !». On me propose gentiment de faire la mammographie de suite, un médecin veut bien me prendre en urgence. « Ne vous inquiétez pas on va régler ça et vous serez rassurée et tranquille de suite ». Je fais les clichés, on me dit de me rhabiller dans la cabine. Puis on revient me chercher, finalement les clichés ne sont pas bons, on va en refaire d’autres Madame. J’y retourne, je m’aperçois que les plaques utilisées sont plus petites et que l’on fait beaucoup de clichés du sein gauche.

Je rappelle que c’est le droit qui a un problème. On me rassure en me disant que c’est juste un contrôle. Je trouve ça louche quand même, mais bon je me dis qu’au moins ce sera fait. Retour en cabine, une jeune femme me dit de ne pas me rhabiller on va faire une échographie maintenant…Là c’est vraiment louche, y’a un truc, je le sens. Tout le monde est très gentil, ça fait du bien. Pendant l’écho, je sens que quelque chose ne va pas, la boule ne correspond pas à l’hématome, on branche le Doppler et là je vois que « la boule » est vascularisée.

Je comprends qu’il est là ce connard, tout le monde me rassure, le médecin me dit que sans analyses complètes, on ne peut pas être sûr.

Elle me propose de faire les biopsies de suite. Je suis choquée, je comprends, je verse 2 larmes et on y va pour 2 biopsies, une de « la boule » et une d’un ganglion. Je suis entrée par hasard il y a 20 mn, pour savoir ou faire une écho et je me retrouve avec 2 mammos, une écho, et 2 biopsies. Tout va vite, très vite, je suis un peu perdue, je ressors hébétée.
J’appelle mon mari, et je fonds en larmes. Il me rassure, me dit d’attendre les résultats mais je sais qu’il est là ce connard de cancer, je l’ai vu, et je peux même le toucher. Les résultats tombent le 01 avril 2016, et non ce n’est pas une blague, ou alors une mauvaise blague de la vie: c’est bien un cancer, canalaire infiltrant, de grade 3, HER2 +++.
Mais qu’est ce que ça veut dire ??? C’est grave ? Je comprends que j’ai un cancer mais aussi étrange que cela puisse paraître je ne suis pas en colère. Je suis triste mais pas en colère.

Après tout je savais qu’il viendrait m’emmerder un jour… C’est le principe d’un connard non ?

Commence alors le bal des médecins, la valse des examens, vous ferez bien une IRM ? puis un scanner, des analyses de sang, une scintigraphie osseuse mais pour commencer faisons un mammothome, une biopsie sous mammographie du sein gauche, on y a trouve des micro calcifications, il faut les analyser. Allons y, au point où on en est, un peu plus, un peu moins. Les nouveaux résultats arrivent : vous avez un cancer du sein, oui ça vous me l’avez déjà dit. Je le savais déjà. Non madame, un autre cancer du sein Ben merde alors j’en reviens pas je fais répéter le médecin, je pose la question : J’ai 2 cancers du sein ??? Oui je suis désolé. Le personnel de l’équipe médicale est très gentil, adorable même, vraiment, que des femmes, je me sens en confiance parmi elles. Bon ben on va trouver une solution non ? à chaque problème, sa solution. Je sors du centre j’appelle mon mari, j’en rigole ! 2 cancers du sein tu te rends compte ! Les nerfs sans doute, je ne vois que ça !! C’est pas grave on va se battre, t’inquiètes pas.

On va y arriver, on a toujours tout réussi ensemble, et ce combat là on va le gagner aussi tu verras. Heureusement qu’il est là, qu’est ce que je l’aime ! Tout a l’air plus facile à ses côtés, j’admire sa capacité à tout absorber dans le calme et à trouver des solutions à tout. L’annonce de l’arrivée du connard a mis un KO, j’ai vraiment l’impression d’avoir pris un panneau STOP dans la tronche. Moi qui d’habitude court de tous les côtés, fait 10 trucs à la fois, je me retrouve calmée d’un coup, je comprends qu’il est peut être temps d’arrêter de courir. Tout va de plus en plus vite, il faut faire le choix d’être suivie à l’hôpital ou à la clinique. Prendre rendez-vous avec le chirurgien, l’oncologue, poser un porth-a-cate, faire de la chimio, faire un examen pour le coeur.

Je m’y perds c’est flippant, c’est trop, trop d’informations, trop vite, j’ai besoin de temps mais je n’en ai pas, il faut faire vite pour combattre mon connard de cancer!

Mon mot pour Barbara :

Merci pour ce témoignage si fort, si réaliste et si percutant avec des mots simples qui résument tout …
Je n’ai juste qu’à vous souhaiter beaucoup de courage et simplement vous apporter tout mon soutien dans votre combat, un combat qui ne sera pas facile mais que vous allez gagner je n’en doute pas .

Mon mot de la fin :

Ne négligez tout pas simplement votre santé, je le souligne avec le témoignage de Barbara mais c’est valable pour tout … pensez à aller consulter, faites des contrôles réguliers et quand vous avez un doute ou si vous avez l’impression qu’un médecin est en train de passer à coté de quelque chose, ne lâchez surtout pas, vous vous connaissez mieux que personne ….Souvenez vous que personne n’est invincible alors ne vivez pas avec la peur, mais soyez vigilants et surtout vivez à fond, la santé est ce que nous avons de plus précieux .

  1. Merci beaucoup Sabrina de m’avoir contacté et de m’avoir laisser m’exprimer sur ce combat.

  2. Bel article comme tout le temps.
    Je souhaite Pleins de courage a Barbara pour la lutte du cancer.

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