« Câlins assassins » le récit glaçant de Delphine Paquereau

Il y a quelques mois, je tombais des nues en apprenant la vérité sur une histoire absolument hallucinante. Je ne compte pas revenir dessus, mais c’est l’histoire d’une jeune fille (que j’ai aidée) et qui a touché beaucoup de gens de par le scénario de sa vie qu’elle a monté de toutes pièces avec un stratagème machiavélique: fausse maladie, fausse mort d’un proche, fausses bouteilles d’oxygène, fausses doubles greffes… Bref, trop de faux tuent le faux! Au départ, j’ai eu envie de dévoiler l’identité de cette personne qui a fait tant de mal et de dégâts autour d’elle, de lui pourrir la vie, car je suis scandalisée qu‘on puisse jouer avec ce genre de choses. Normal vous me direz ! Mais je ne vois pas l’intérêt de lui donner plus d’importance qu’elle en a déjà volée. Folle ou malade, c’était la première fois que j’entendais parler du Syndrome de Münchhausen.

Au même moment, j’ai découvert l’histoire hallucinante de Delphine Paquereau, auteur du livre « Câlins assassins » aux éditions Max Milo. Comment une petite fille peut-elle vivre un calvaire, un enfer et ce, en toute légalité ? La mère de Delphine est atteinte du syndrome de Münchhausen par procuration. Je pense que, tout comme moi, vous ne connaissez pas la définition et vous serez surpris d’en connaître les manifestations et les lourdes conséquences que cela peut avoir sur l’enfant qui subit ces violences. Car oui, comme Delphine l’explique dans ce livre il s’agit bien d’une forme de maltraitance.

« Maltraitance: j’ai encore du mal à prononcer ce mot. Mais oui le syndrome de Münchhausen by proxy est bien une forme de maltraitance, sous ses apparences câlines. »

Delphine est la dernière d’une famille de 3 enfants. Deux garçons ne suffisaient pas au bonheur de sa mère qui voulait une fille à tout prix. En 1983, son voeu est exaucé. Delphine est née miraculeusement, déjà dans la peau d’un héros :

« La vie me donne déjà ma première épreuve: il faut déjà résister de toutes ses forces pour vivre. Je suis née avec deux tours de cordon ombilical autour du cou »

La petite fille était loin d’imaginer qu’un parcours du combattant de la vie l’attendait ! Delphine et sa mère ont une relation très fusionnelle . La maman emmène sa fille partout avec elle mais d’une toute autre forme de fusion entre une mère et sa fille.

« Mais est-ce que cette proximité entre la petite fille et sa mère est bien authentique ? Est-ce moi qui, dans l’espoir de garder l’image d’un amour sincère, ai volontairement gommé les gestes déplacés et les mots durs ? »

C’est la question que Delphine se posera quelques années plus tard.

Autant l’amour fusionnel peut être beau, autant dans le cadre de ce syndrome, cet amour se transforme en maltraitance sévère puisqu’il se traduit par des problèmes de santé provoqués et inventés de manière délibérée afin de conduire à une prise en charge et d’attirer toute l’attention du corps médical.

« D’avis en avis, de médecin en chirurgien, de traitement en traitement, ma mère traîne sa petite fille derrière Elle, avide de convaincre les spécialités de mes maux. »

Tout cela vous paraît un peu confus. Je comprends.

« J’ai 6 ans et maman est contente : une opération s’annonce. Ses yeux brillent comme les guirlandes d’un sapin de Noël. Elle est pleine d’effervescence, d’impatience. Avant que j’aille à l’hôpital de Bordeaux, elle prépare soigneusement mes bagages, comme si je partais en voyage. J’ai 6 ans et je vais me faire opérer pour la seconde fois en deux ans d’une sténose de la jonction pyélo-urétérale, une malformation qui entraîne des problèmes urinaires. Bref, mes urines sont troubles et j’ai mal à un rein. Bien sûr, personne ne sait que maman trafique les résultats d’analyse et me frappe dans le rein avant chaque consultation. Moi, je n’ose rien dire car, quand les médecins sont d’accord avec elle pour dire que je suis très malade, maman est aux anges. Et moi, inconsciemment, je suis prête à me sacrifier pour avoir un peu de son amour »

Vous y voyez un peu plus clair ?? En résumé, pour vous décrire la situation vulgairement et brièvement, la maman de Delphine voulait que sa fille soit malade. Dès son plus jeune âge, Delphine a du se mettre en tête qu’elle avait mal au rein, que c’était grave, qu’il fallait aller à l’hôpital et voir une ribambelle de docteurs. Comment déclencher et convaincre d’une maladie inexistante ? Afin de poser un diagnostic sur ses maux, le médecin préconise des analyses d’urines qui doivent être réalisées dans un tube stérile du laboratoire. Bien évidemment, pour fausser le résultat, la mère de Delphine faisait cet examen dans un verre sale et non stérile, ce qui conduisait à des résultats anormaux.

« Tu as mal ma fille ? »  Une question à laquelle Delphine a du répondre oui pour faire plaisir à sa maman !

Pendant toute sa tendre enfance, sa mère a utilisé le même stratagème afin de trouver une ou plusieurs maladies à Delphine. Avant les consultations, elle disait bien à sa fille où il fallait qu’elle dise avoir mal, jusqu’à même lui mettre des coups de poing dans le dos pour bien lui montrer l’endroit.

De médecins en médecins, d’antibiotiques en antibiotiques, d’examens douloureux en examens douloureux, Delphine a suivi sa maman….. et a toujours obéit malgré la souffrance en acceptant, au passage, de manquer l’école : chose qu’elle aimait par-dessus tout.

« C’est dans la terreur des hospitalisations, les consultations avec tous ces médecins, les conversations d’adultes inquiets à mon sujet, dans cette insécurité que mon enfance a pris racine. »

Pendant des années, la maman de Delphine a excellé dans son rôle. Elle a berné les médecins et lorsque l’un d’eux la renvoyait (ne trouvant pas d’anomalie), elle changeait de médecin et de mise en scène. En vouloir toujours plus pour envenimer la situation, elle trouve le moyen de falsifier les examens de Delphine, elle-même, au stylo, afin d’appuyer sur la gravité de l’état de santé de sa fille et de convaincre les médecins d’une ablation d’un rein. Consécration : c’est chose faite et un rein en moins pour rien !

Mais pourquoi la maman de Delphine faisait-elle tout cela ?

« Elle aurait souhaité que je sois sous sa dépendance ma vie durant, se dévouer à l’enfant chéri et gravement malade afin d’obtenir l’admiration des médecins et de notre entourage. Être au cœur de l’attention »

Vous êtes toujours là ? Non, vous ne rêvez pas. Je suis sûre que, comme Delphine, comme moi, des millions de questions traversent vos esprits en ce moment même.

« Jusqu’à quel point ma prétendue maladie a été un projet bien réfléchi par ma mère dès le point de départ ? Savait-elle déjà jusqu’à quelle extrémité elle voulait nous mener? »

Delphine a souffert durant des années pour rien. Quant à sa mère, elle n’a pas pu concrétisé son dernier objectif (une greffe du rein) car heureusement, tout a une fin et le diagnostic a été posé sur la vraie personne malade.

A l’âge adulte, Delphine est une jeune femme angoissée qui a du mal à aller de l’avant. Et ce n’est que lorsqu’elle devient maman à son tour qu’elle commence à prendre du recul sur son histoire.

« J’ai pris peu à peu conscience que ce mal-être venait probablement du vagabondage hospitalier vécu dès mon plus jeune âge, de la façon dont ma mère me manipulait, de toute cette tristesse, ces peurs, toutes ces émotions si bien refoulées depuis des années. Mon esprit ne veut pas se souvenir mais mon corps, lui, n’a rien oublié et me le fait savoir »

Elle va alors tout mettre en oeuvre pour faire la lumière sur son enfance et ainsi récolter les pièces du puzzle de sa vie en commençant par ses nombreux dossiers médicaux éparpillés aux quatre coins de l’Hexagone. Un parcours pas simple à affronter, les masques tombent.  Mais Delphine est bien décidée à mettre un stop final à cette histoire.

« J’ai pris la décision de ne plus nier mon passé, je deviens plus libre de faire confiance à mes sentiments. Je ne laisserai personne faire obstacle à ma démarche. »

Aujourd’hui, Delphine est une femme accomplie. Elle s’occupe de son mari et de ses enfants et c’est à coup de batailles judiciaires qu’elle a enfin réussi à protéger sa vie. Et si aujourd’hui, Delphine a écrit ce livre et témoigne de son histoire, c’est pour sensibiliser les gens sur ce mal encore peu connu.

« Je voudrais, un jour, être capable, en toute modestie de faire changer le regard du grand public. Je ne doute pas que mon honnêteté émotionnelle sera un jour capable de faire tomber le mur de l’ignorance qui entoure le refoulement de l’enfant tournante par la maltraitance qu’il subit et qui le poursuivra jusqu’à l’âge adulte si personne ne l’aide. »

Mon Avis :

Je vous conseille vivement ce livre que j’ai vraiment vécu à 100%. En tant que lectrice, en tant que maman, en tant que petite fille que j’ai été et surtout en tant que personne dont la santé est fragile (mais ce n’est pas le sujet), la maltraitance est une attitude qui glace le sang quelle qu’elle soit, et cette forme-là, liée à une maladie appelé un syndrome, je dois avouer que ce livre m’a bouleversé et que souvent au fil des chapitres, j’ai eu moi même l’impression de ressentir ces douleurs et j’avais envie d‘aller kidnapper Delphine pour sauver cette petite fille et la prendre dans mes bras…Ce syndrome est hallucinant, flippant mais bien réel et on n’en parle pas assez!

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