Dimanche dans  « À votre santé » l’émission que j’anime sur radioVL, nous avons abordé le thème de la violence faites aux femmes. Quelle soit physique ou sexuelle, elle reste inacceptable.  À cette occasion, j’ai reçu Sarah Kaddour, fondatrice du collectif « Unisson nos voix », qui se bat pour  dénoncer les violences faites aux femmes. Pour elle, une seule façon de véhiculer ce combat : faire passer le message à travers la musique avec un collectif de femmes. En effet, Sarah réunit plus de 60 femmes dans un clip. Qu’elles soient animatrices, chanteuses, miss ou encore comédiennes, l’ambiance qui en resort c’est la force des femmes.

En tous cas, pour celles qui nous écoutent et qui n’osent pas sortir du silence, sachez que vous pouvez appeler le 3919 pour en parler ou écrire sur les pages d’Unissions nos voix.

En plus du témoignage de Sarah Kaddour, nous avons reçu celui d’Estelle, 31 ans. Et c’est son histoire que j’ai décidé de vous raconter aujourd’hui. J’aimerai commencer par vous dire que j’ai vraiment eu du mal à écrire cette histoire car ces situations me mettent totalemement hors de moi. Et pourtant, c’est un fléau qui ne devrait pas exister mais aussi un sujet dont on ne parle pas assez. Tabou ? Peur ? Jugement ? Représailles ? Nombreuses sont les raisons qui empêches les femmes de sortir du silence…

Avant de démarrer le récit d’Estelle, je pense qu’un petit rappel sur les chiffres est essentiel. Sachez que chaque année, plus de 200 000 femmes sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles et que près de 120 femmes en meurt chaque année. Des chiffres affligeants, scandaleux à vomir. Veuillez m’excuser du terme, mais je ne comprends pas pourquoi nous n’en parlons pas plus. Est-ce un sujet qui dérange? La réponse est oui !

Estelle à vécu avec un lourd secret durant 20 ans et aujourd’hui elle a décidé de parler. Elle a eu le courage de se confier à moi, je lui ai alors proposé d’écrire. Même si dans certains cas, l’écriture peut être une thérapie, à l’opposé, cela peut s’avérer plus compliqué et les souvenirs peuvent être douloureux et prématurés pour les poser sur papier. Je n’ai pour ma part, par chance, jamais été touchée par ce genre de faits. Pourtant, c’est un sujet qui me touche car autour de moi, il y a des personnes concernées et ça me fait mal. Estelle m’a beaucoup touchée et son histoire mérite d’être écrite mais surtout lue et partagée.

Tout à commencé à l’âge de 6 ans lorsque Estelle, partageait des réunions familiales entourée de sa famille. Son papa, sa maman, sa petite soeur, ses cousins et cousines ainsi que ses oncles et tantes. Parmi la famille, un de ses oncles, déjà père de deux enfants. Elle se souvient que déjà petite il s’amusait à lui toucher les fesses mais que ce comportement étrange n’alertait personne. La première fois c’était quand l’oncle accompagne la fillette aux toilettes, une première fois, pour un calvaire qui aura duré six années où tous les prétextes et stratagèmes étaient parfaitement calculés par son agresseur afin de trouver le moyen de se retrouver seule avec sa nièce.

Il n’est pas nécéssaire de développer les faits dans les moindres détails, Estelle n’y tient pas et je le respecte. Je sais que vous aussi, mes chers lecteurs , vous respecterez ce choix. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que n’importe quel geste sexuel non consenti est pénalement considéré comme un viol! N’ayons pas peur des mots.

Lorsqu’on est une petite fille de six ans et que l’on subit ce genre de faits, on est partagé entre plusieurs sentiments. Estelle ne comprenait bien évidemment pas, à l’époque, qu’on était en train de la « violer ». D’ailleurs, le mot « viol » que signifie-il dans un langage d’enfant ?  Elle savait que c’était mal, elle savait qu’elle devait se taire car son agresseur la menaçait de tuer son papa si jamais elle parlait de leur secret. Par chance, oui je dis par chance, un jour des conflits familiaux éclatent et divisent toute la famille. Estelle a donc été coupé de tout contact avec son diable, un mal pour un bien mais le mal était fait de toute façon.

Estelle grandit tant bien que mal, ses années de petite fille et d’adolescente défilent avec ce lourd secret sur ses épaules, sans pouvoir observer trop de dégâts sur elle, si ce n’est un profond manque de confiance en elle et un mal être de son corps. Certaines personnes de son établissement scolaire se posaient des questions mais n’avaient néanmoins pas d’explications sur le comportement d’Estelle qui paraissait effacé.

C’est sous les conseils des enseignants pour ne pas dire « obligation » qu’Estelle est dirigée vers une psychologue, un entretien qui restera pour elle chaotique, face à une personne sans tact qui ne l’aidera pas à se confier mais plutôt à se braquer. À l’âge de 18 ans, elle vit sa première véritable histoire d’amour, son premier rapport sexuel se passe sans trop de dégâts, si ce n’est que pour ce qui est du plaisir qui mène à l’ultime septième ciel, elle n’y parviendra pas. Son compagnon sait qu’elle a subit « certaines choses » durant son enfance mais sans trop de détails. Leur histoire est sérieuse puisqu’il deviendra le papa de ses deux enfants.

Professionnellement la jeune femme rêvait de devenir aide-soignante. Une fois avoir intégrée  sa formation, qu’elle se doit de l’interrompre temporairement puisqu’au cours de l’année 2007, elle tombe enceinte de son premier enfant. Une grossesse vers un accouchement qui réveillera les graves conséquences des actes sexuelles dont elle a été victime. C’est précisément  à ce moment-là qu’elle va parler pour la première fois! Non pas avec ses mots à elle mais c’est son corps qui va décider de s’exprimer et inconsciemment, parler pour elle. Il ne supporte pas les gestes médicaux qui doivent être prodigués sur une femme en plein travail (évaluation de la dilatation du col de l’utérus et surveillances gynécologiques), tout son corps se met à trembler de manière incontrôlable ce qui surprend et interroge le corps médical.

Estelle met au monde une petite fille. Hélas, au-delà de ce merveilleux cadeau de la vie, cette naissance la conduira vers une première grosse dépression. Des larmes coulent à flots bien plus qu’une femme émotive, qu’un simple babyblues. Des insomnies à répétition sans développer le simple fait que d’avoir la bouche de sa fille au contact de son sein pour l’allaiter lui est insupportable. Les médecins s’opposent à sa sortie de la maternité avant de consulter la psychologue du service où, une fois de plus, elle arrive à dissimuler son lourd secret en réussissant à maquiller les réactions de son corps responsable de son profond mal être. De retour à la maison, Estelle est une maman à cent pourcent, elle se donne à fond pour remonter la pente et surmonter cette dépression. En priorité, elle décide de reprendre son école d’aide-soignante, là ou elle avait arrêté, pour obtenir son diplôme.

Deux ans plus tard, en 2009, elle donne naissance à son second enfant, un petit garçon vient rejoindre la famille. L’épreuve de l’accouchement, elle connait. Une fois de plus, Estelle redouble de force afin de dissimuler les choses et cette deuxième fois se passe plutôt bien.

Quelques mois plus tard, elle reprend même le travail. La vie semblait presque normale. C’est suite à un accident de travail en 2012 que des douleurs insoutenables s’emparent de son dos au point de l’obliger à être prise en charge par un centre de rééducation. Pendant 2 mois, elle est hospitalisée pour se re-muscler. Une prise en charge qui n’entrainera aucune amélioration de son état, elle est contrainte de porter un corset qui mobilise presque tout son corps. La situation est sans issue et Estelle est forcée de subir une très lourde opération qui va s’avérer sans succès. Un coup dur, psychologique et physique, qui va faire exploser son corps en un « Burn out » de la douleur.

La bombe à retardement avait fini par exploser! C’est sa meilleure amie qui va alerter le conjoint d’Estelle, avant que celui-ci  la conduise chez son médecin. Et c’est ensemble qu’ils vont décider que pour le bien d’Estelle, il lui faut être orientée vers un service psychiatrique. Une hospitalisation avec tout le protocole qui va avec, chambre vide, sans Tv, sans contact téléphoniques et srutout sans ses enfants.

C’est après la tentative de suicide d’Estelle que son conjoint tape du poing sur la table en expliquant à la mère de ses deux enfants que si elle veut s’en sortir il allait bien falloir finir par parler et faire sortir le mal qui la ronge au fond d’elle, en l’avertissant que si elle ne le faisait pas, il le ferait pour elle. Par miracle, Estelle va faire une rencontre dans le service où elle est hospitalisée. Une aide-soignante auprès de qui elle va trouver la force de parler. En décidant de lui écrire les choses sur papier, car lui avouer les choses de vive voix lui paressait bien trop difficile, l’aide-soignante accepte en lui expliquant qu’elle lira son récit à ses côtés et de vive voix.

Un trop lourd secret allait enfin être expulsé de son corps, un corps qui n’en pouvait plus. L’aide-soignante s’en est vite rendu compte à la lecture des mots d’Estelle. Une professionelle de la santé qui était certainement loin d’imaginer le scénario dramatique qu’elle aillait découvrir. Au fur et à mesure de sa lecture, on pouvait la voir se décomposer. Elle fait comprendre à la patiente que tout cela est très grave et qu’elle n’est pas coupable mais bien victime. De son côté, le conjoint d’Estelle, décide de convoquer les parents de sa femme, pour dévoiler les vraies raisons médicales concernant la santé de leur fille. Un coup de massue pour la famille, abasourdie par les faits, même si l’identité de l’agresseur n’a provoqué aucune surprise auprès de ses parents.

L’équipe médicale comprend alors que suite à des révélations aussi graves, il fallait un encadrement adapté et surtout du repos pour qu’Estelle puisse encaisser toutes ces années de silence. Au final, il fallait surtout la remettre sur pied après cette révélation, ainsi elle est transférée dans un centre de repos, loin de chez elle. Son compagnon allait devoir tout gérer à la maison pendant qu’Estelle comptait bien assumer ses révélations et entreprendre des poursuites judiciaires envers son agresseur. Si l’établissement de santé mettait tout en oeuvre et à disposition d’Estelle dans ses démarches (ambulances pour se rendre au commissariat, conseils, informations) et que la jeune femme était bien décidée à se tenir la tête haute, elle sent que son couple est aussi victime de cette explosion. Son conjoint vient la voir mais la flamme de leur amour s’est éteinte, une distance s’installe, un trop plein d’émotion difficile pour le jeune papa qui à dû mal surmonter ces longs mois de tempête, ce qui peut se comprendre .

À sa sortie de l’hôpital, Estelle fait un brève passage chez ses parents où là-aussi, le climat est tendu. Son père réagit très mal aux aveux de sa fille, un papa dans un déni profond qui se montre indifférent envers Estelle, encore aujourd’hui. De retour chez elle, après quelques mois d’absence, la jeune maman retrouve enfin son foyer et ses enfants mais son couple lui échappe. Chacun fait sa vie de son côté, les parent des deux enfants se comportent non plus comme une famille unie mais comme des colocataires. Un beau jour, Estelle décide de crever l’abcès, le couple décidera de se séparer.

Aujourd’hui, Estelle est de nouveau amoureuse d’un compagnon avec qui tout va pour le mieux, elle n’est plus apte à exercer le métier d’aide-soignante mais elle compte bien retravailler prochainement. Si elle a décidé de se livrer et de surmonter au mieux les violences sexuelles dont elle a été victime dans son enfance, c’est surtout pour combattre un vieux démon pervers en liberté qui a mené une vie ordinaire. Cet homme pensant certainement qu’il était à l’abri de ses actes et que jamais les faits ne seraient revélés. On ose espérer, qu’aujourd’hui, c’est lui qui dort mal, car la petite Estelle dont il a abusé n’est plus une gamine insouciante et malgré tous les dégâts et toutes les conséquences que ces abus auront pu causer sur sa vie, elle est aujourd’hui une femme, une mère ,plus forte que jamais pour affronter, assumer, crier, hurler et se faire entendre sur ce fléau !

Elle est consciente que juridiquement notre pays n’est pas toujours juste dans ces décisions et que les poursuites ne seront certainement pas à la hauteur de ce qu’il mérite. Cependant, elle aura  au moins gagné la fierté d’avoir osé parler de son histoire et cela permettra surement d’aider d’autres personnes.

Comme elle dit :

« si mon témoignage peut aider ne serait-ce qu’une seule personne, ça sera pour moi la plus belle des revanches »

Bravo et merci Estelle pour ton courage !

 

Mot de la fin : Je suis avant d’être celle qui retranscrit cette histoire  une femme, une maman, une femme qui était une petite fille, et je ne peux me demander et si c’était moi la victime ? et si c’était mon enfant ? Je n’ai pas les mots… Mais seulement des maux en pensant à toutes ces victimes, toutes ces femmes et ces enfants abusés. Ma maman, qui est à la retraite depuis quelques mois, travaillait à l’aide sociale à l’enfance et j’ai dû entendre un bon nombre d’histoires glaçantes en ayant un sentiment d’impuissance.

Comment vous aider ? Comment vous faire parler ? Comment vous rassurer face aux menaces de vos agresseurs ? Vous n’êtes pas seules et surtout n’ayez pas honte, vous etes des victimes et il faut vour faire aider !

Je publie ce témoignage qui évoque les actes envers une petite fille mais sachez que les petits garçons et les hommes peuvent être concernés aussi. J’ai une pensée pour toutes ces victimes ainsi que pour mon ami Mathieu Johann qui porte très bien ce combat après en avoir été victime.

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